Pourquoi croyons-nous encore à l’amour pour toujours ?

Pourquoi croyons-nous encore à l’amour pour toujours ?

L’amour pour toujours : une promesse d’enfant ?

Le couple change, le désir évolue, mais l’idéal d’amour éternel persiste. Une plongée sensible dans les métamorphoses du lien amoureux.

On a tous griffonné un jour « SB pour la vie » ou « ESD à mort » sur un coin de cahier. Deux initiales entrelacées, entourées d’un cœur, scellées par une promesse muette que l’encre n’a jamais tenue. Pourtant, même une fois adultes, séparés, divorcés ou désillusionnés, ce mythe nous poursuit : l’amour devrait durer toujours. Comme un écho archaïque à nos mariages d’enfance, à nos dessins maladroits, à nos premières déclarations tremblantes. Ce désir de permanence, ce fantasme du lien inaltérable, résiste. Même si l’on sait que le couple moderne chancelle, même si un mariage sur deux se termine, l’idéal demeure. Pourquoi ?

Parce qu’il s’enracine dans une histoire longue. Une histoire chrétienne, patriarcale, sacrée. Le mariage, tel qu’il a été inventé aux XIIe et XIIIe siècles, a fait du couple une institution indissoluble. L’union d’un homme et d’une femme, pour la vie, scellée devant Dieu. Même la sexualité y était tolérée à contre-cœur, comme un moindre mal. Et nous avons hérité de cela : d’un amour censé ne jamais s’interrompre, d’une fidélité qui survivrait à tout.

Crise ou transition du couple ?

Mais aujourd’hui, les pratiques ne collent plus à l’idéal. On aime, on se quitte. On s’installe, on se sépare. On désire, puis on s’essouffle. Ce que Belinda Cannone décrit, ce n’est pas une crise du couple. C’est une transition. Un écart grandissant entre ce que nous faisons (nous aimer de manière discontinue) et ce que nous croyons (qu’un amour réussi est un amour qui dure).

Ce décalage génère du malaise, de la culpabilité, parfois du désespoir. Mais il n’est pas le signe d’un effondrement. Il est la preuve d’une mue en cours. Le couple ne meurt pas. Il se reconfigure. Il cherche de nouvelles formes. Il tente d’inventer d’autres fidélités, d’autres récits. Ce qui vacille, ce ne sont pas les sentiments, mais les représentations qui les accompagnent.

Le désir n’est pas un muscle à rebooster

Dans les magazines, le désir est devenu une injonction. Il faut le “booster”, le “réveiller”, le “relancer” comme une vieille machine fatiguée. Et surtout, il faudrait qu’il dure. Pourtant, Belinda Cannone refuse cette approche fonctionnelle du désir. Pour elle, il n’est ni mécanique ni biologique. Il est la manifestation la plus vive du désir de vivre.

Le désir n’est pas un symptôme à réparer, mais une force à écouter. Il est toujours adressé à quelqu’un. Il émerge d’une surprise, d’un trouble, d’une rencontre. Et il ne se commande pas. Il peut s’éloigner. Il peut revenir. Mais il ne se fabrique pas à la chaîne. Il n’est ni capricieux, ni paresseux. Il est vivant.

Consentement ou initiative ?

Le mot "consentement" s’est imposé. Il fallait qu’il s’impose. Mais aujourd’hui, Cannone propose d’aller plus loin. De sortir les femmes de la posture de réception, de réponse. Et de les inviter, elles aussi, à proposer. À désirer ouvertement. À initier, sans peur d’être jugées. Mais sommes-nous prêts à ce renversement des rôles ?

Le vieux schéma — « l’homme propose, la femme dispose » — résiste. Et tant que les femmes seront dissuadées d’exprimer frontalement leur désir, l’égalité dans la rencontre restera un mirage. Il ne suffit pas que les femmes puissent dire non. Il faut aussi qu’elles puissent dire oui. Et plus encore : qu’elles puissent dire « je veux ».

Polyamour, polygamie lente : nos nouveaux rythmes

La polyamorie intrigue, fascine, divise. Mais elle reste, selon Cannone, un phénomène minoritaire, générationnel, souvent expérimental. Ce qui s’installe plus durablement dans nos vies amoureuses, c’est ce qu’elle appelle la polygamie lente : une succession de couples exclusifs, intenses, mais limités dans le temps.

On aime passionnément. Puis on aime encore. Différemment. Ailleurs. Ce n’est pas une trahison. C’est une manière d’habiter l’amour avec honnêteté. Pourquoi devrions-nous aimer une seule fois, toute la vie, comme si l’amour était incompatible avec le mouvement ? N’est-ce pas, au contraire, une forme de fidélité à soi que d’oser aimer à nouveau ?

Jaloux, donc aimant ?

La jalousie fait peur. Elle sent la possession, le contrôle, la menace. Et pourtant, elle surgit très tôt. Dès l’enfance. Quand un autre enfant entre dans le champ de l’amour exclusif. Pour Cannone, la jalousie n’est pas toujours pathologique. Elle est parfois l’écho d’un attachement profond. D’un trouble provoqué par l’altérité de l’autre.

Alors non, la jalousie n’est pas forcément une faute morale. Elle est une émotion. Un tremblement. Et peut-être même un symptôme d’amour. Pas toujours. Pas forcément. Mais parfois, oui.

Quand le charme se brise : la rupture

Un prénom mal choisi. Un tic de langage. Un point sur le nez. Il n’en faut parfois pas plus pour que le charme se rompe. Roland Barthes appelait cela la “corruption de l’image aimée”. Ce moment minuscule où l’autre, autrefois sublime, devient un peu terne. Où l’envoûtement s’efface.

Mais ce détail n’est pas la cause. Il est le symptôme. Car ce qui vacille d’abord, c’est le désir. Quand il s’éloigne, tout ce qui était charmant devient irritant. L’amour ne s’effondre pas à cause d’un prénom. Il s’effondre parce qu’on ne sait plus comment le tenir.

Et si on attendait trop du couple ?

C’est peut-être ça, le vrai sujet. On attend tout du couple. Qu’il nous comble, nous soutienne, nous élève, nous rassure, nous excite, nous apaise. Tout. Là où l’amitié, plus humble, accepte d’être partielle, fractionnée. On a des amis pour les films, d’autres pour les confidences, d’autres encore pour les silences. Pourquoi n’accepte-t-on pas cette pluralité dans le couple ?

Peut-être parce que, dès la première étreinte, on veut croire que ce sera pour toujours. Et peut-être qu’on a le droit d’y croire. Même si ce n’est pas vrai. Même si ça dure cinq ans. Car ce n’est pas une erreur d’aimer fort et court. Ce n’est pas une trahison. C’est un chapitre.

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on juin 24, 2025

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